Où est donc passé Mirza?.?.?

Photo : Ayo Ogunseinde

Et bien voilà, nous y sommes, les terminaisons électriques du cerveau de ma maman ne fonctionnent désormais plus, elle ne s’appartient plus, ce qui est encore plus terrible soit dit en passant.

Elle est convaincue qu’elle doit retourner à la maison car sa maman l’attend pour le souper, je l’ai déjà raconté dans un des mes « articles » pas trop récents, je reste dubitatif quant à une promesse de solution à courte durée, longue durée peut-être et même  s’il y a pas mal de palabres à droite et à gauche, rien ne pointe à l’horizon, même si je reste convaincu que tôt ou tard une quelconque amélioration se pointera à l’angle de la rue « Alzheimer, Cerveau & Co ».

Ce qui frappe le plus dans des cas de ce type c’est le fait que tu vois un, voire les deux dans des cas extrêmes,  de tes parents « disparaître » petit à petit dans un univers que l’on maîtrise pas suffisamment ou, tout au moins, pas encore, une tarte assez compliquée que l’on digère très mais alors très mal, surtout pour tous ceux qui de loin ou de près essayent de rendre le peu de « vie » qui reste encore à ces malades, le plus confortable et paisible possible.

C’est difficile, très difficile de prétendre que tout est normal ou alors partiellement, la personne assise en face de toi te demande pour la énième fois « Vous êtes qui? », « Vous mangez avec nous? », « Vous venez d’où? », « Où et qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui? », le tout au moins cinq fois par minute, car c’est un recommencement perpétuel, comme le mouvement du même nom, toutes les 30 secondes, toutes les heures de la journée, tous les jours de la semaine, comme chaque mois depuis une période que l’on se rappelle parfois, dans des très rares moments de lucidité.

On maîtrise mal ces moments, je continue à blaguer et à prétendre de faire comme si rien n’était mais à l’intérieur de moi-même je ne sais vraiment plus quoi faire, quoi penser et comment le penser.
Maman se dandine sur la chaise, elle veut rentrer « chez elle » de plus en plus, elle parle volontiers d’une période de sa vie avec ses frères et sœurs, elle raconte des moments d’une vie où elle était une jeune fille, elle est redevenue une jeune fille, dans un corps d’une personne de pratiquement 90 ans, une absurdité extraordinairement incroyable, on doit repenser les phrases que l’on débite en tant que réponses, en tant que spectateur d’un film de science-fiction, où une « entité » d’une autre planète vit à l’intérieur du corps de ma mère, un presque roman de Stephen King. Je vais lui en toucher un mot, c’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd…

La vie continue et je me demande, de plus en plus, si cet état de choses est inscrit aussi dans mes étoiles, dans un futur pas trop lointain, dans quel état vais-je me retrouver d’ici quelques années, l’hérédité d’un « cadeau » de ce type pointe au dessus de ma tête comme une épée de Damoclès, va savoir…

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